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L’heure est grave pour l’industrie des pêches

Lettre ouverte dans Le Devoir, vendredi 23 février 2024. L'heure est grave pour l'industrie des pêches.

Lettre ouverte publiée dans Le Devoir, ce vendredi 23 février 2024, co-signée par Claudio Bernatchez (ACPG), Olivier Dupuis (Les Pêcheries Gaspésiennes), Daniel Côté, Ville de Gaspé et MRC de La Côte-de-Gaspé) et Bruno Bernatchez (MRC de La Côte-de-Gaspé).


Le 26 janvier dernier, nous avons assisté depuis la capitale des pêches du Québec à l’annonce d’un plan qui signe la mort de l’industrie des pêches au Québec, au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve. Abasourdis par ce plan, les pêcheurs ont accusé ce coup de poignard, trop stupéfaits pour réagir dans l’immédiat. Il faut dire que ce plan tranche avec les discussions que la ministre des Pêches et Océans, Diane Lebouthillier, avait eues avec les pêcheurs, les associations et les transformateurs dans les derniers mois.


La pêche et l’exploitation de la ressource doivent se faire de manière responsable. Or ce plan propose une vision qui rompt avec les valeurs mises de l’avant par le ministre libéral des Pêches du Canada, Roméo LeBlanc, puis par son fils, Dominic LeBlanc, également ministre des Pêches. Tous deux ont veillé à protéger les pêcheurs côtiers et le Saint-Laurent. Roméo LeBlanc doit aujourd’hui se retourner dans sa tombe et Dominic, être dans tous ses états.


Il y a plus de dix ans que les scientifiques tirent la sonnette d’alarme. Même ceux de Pêches et Océans Canada jugent désormais que « l’heure est grave ». Ils ont d’ailleurs produit un avis scientifique qui s’inquiète de l’augmentation du stock de sébastes dans le golfe du Saint-Laurent et de ses effets sur d’autres espèces, comme la crevette, le turbo et le flétan, entre autres. Il y a tellement de sébastes que l’espèce ne peut même plus grandir. Ils se cannibalisent et commencent à se retrouver dans l’estomac d’autres prédateurs. 


L’ouverture de la pêche commerciale au sébaste décrétée par la ministre était donc très attendue, et ce, depuis plusieurs années. Nous sommes cependant préoccupés par la répartition de la ressource, les entreprises recevant près de 60 % des quotas. On retourne 40 ans en arrière en un claquement de doigts !


Et puis, il y a tellement de sébastes de nos jours que les quotas fixés par la ministre seront atteints en une sortie de pêche. Il sera triste de regarder disparaître les autres espèces parce que nous n’aurons pas écouté la science et aurons préféré faire plaisir à une poignée de grandes entreprises détenues par des poignées d’actionnaires. Parce que l’annonce de la ministre donne en effet le droit aux bateaux-usines de pêcher dans le golfe à nouveau. Oui, ces mêmes bateaux de plus de 100 pieds interdits jadis par le gouvernement du Canada sous la gouverne de LeBlanc, en 1977.


Ces fameux bateaux n’apportent aucune vitalité aux communautés côtières, ils les détruisent à petit feu tout comme ils détruisent le travail des pêcheurs propriétaires. En 2024, le premier objectif de la ministre des Pêches ne devrait-il pas être de protéger les bateaux de plus petite taille, qui assurent la pérennité des communautés côtières du Québec ?


Trop tard, pour trop peu


En plus, la levée du moratoire survient trop tard, pour trop peu. Nous avons pourtant travaillé sur des plans de gestion des ressources de toutes les pêcheries touchées. L’approche écosystémique proposée par l’industrie depuis 2012 et encore défendue par elle aujourd’hui aurait permis d’étudier l’impact du moratoire sur toutes les espèces, de ne pas analyser le problème en vase clos, mais de manière à englober tout ce qui se passe dans le Saint-Laurent. 


Le turbo disparu, la crevette absente, la migration du crabe, le réchauffement de l’eau, la diminution d’oxygène dans l’eau, la présence incalculable de homards et le sébaste représentant 90 % de ce qu’on trouve dans le golfe… Cette liste doit se lire comme autant de signaux d’alarme. Est-ce que les poissons et les fruits de mer du Québec sont appelés à disparaître des assiettes des Québécois ?


L’inaction du gouvernement du Canada dans ce dossier est déplorable et pourrait mener des entreprises de pêche à la faillite, entraînant dans leur sillage plusieurs autres entreprises connexes. Que fera alors la ministre ? Devrons-nous la considérer comme coupable de ce massacre orchestré par le fédéral ?


Son plan de transition n’a pas d’avenir. Il favorise les grandes entreprises et l’appareil politique au détriment d’un plan de transition qui favoriserait les communautés côtières et qui garantirait une souveraineté alimentaire au Québec et au Canada. 

Pouvons-nous vraiment rester sans rien faire pendant que notre Saint-Laurent, ses côtiers, ses communautés et ses entreprises sont en péril ?





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